Les sourdines.

Les différentes sourdines.
La trompette offre la possibilité d'obtenir des sons variés en utilisant les diverses sourdines, accessoires que l'on place sur ou dans le pavillon. Les principaux types sont décrits ci-dessous, mais il existe bien d'autres types ou modèles de sourdine produisant des effets variés, selon la forme de la cavité, l'emplacement des évents, la jonction au pavillon, voire la présence de membranes vibrant comme un mirliton !

La sourdine sèche (en anglais "straight mute"), est la plus utilisée dans tous les genres de musique. En musique classique, si le type de sourdine n'est pas mentionné, c'est celle qu'on doit utiliser. On en trouve en métal, en fibres ou en plastique, de forme droite ou évasée.
Choisissez la soigneusement en l'essayant chez le vendeur : elle ne doit altérer ni l'accord ni la justesse de l'instrument, tout en offrant un son agréablement timbré du piano au forte. Le son varie énormément d'un modèle à l'autre et dans les grandes formations de jazz ou de variétés, on impose souvent un modèle unique à tout le pupitre de trompettes. Si vous n'avez pas la possibilité de les essayer, prenez la Denis Wick, qui n'est pas chère (environ 35 €) et ajustez l'épaisseur des cales en liège avec du papier de verre de façon à obtenir le meilleur compromis entre son et justesse.
Vous trouverez sur le site de l'Université de Vienne une comparaison sonore des principaux modèles disponibles sur le marché, ainsi qu'une étude acoustique complète de ces sourdines (en allemand)


La sourdine "wa-wa" offre une variété de sons selon la position du tube coulissant :
- enfoncé, c'est la "wa-wa" normale, que l'on fait "parler" en déplaçant la main devant l'orifice du tube,
- tiré (comme sur l'image 2), le son est plus fermé,
- enlevé, la sourdine devient une "harmon mute", popularisée par Miles Davis.
Cette sourdine s'utilise quelquefois en orchestre classique, par exemple dans le solo de "Rhapsody in blue" de Gershwin, et les compositeurs contemporains en font un usage fréquent.

La sourdine bol ("cup mute") produit un son particulièrement doux. La fixation du bol doit permettre de régler la distance du bord du bol au pavillon de la trompette, qui doit être d'environ un centimètre. Souvent, cette sourdine est prévue pour être aussi utilisée comme sourdine sèche en enlevant le bol, mais la qualité (justesse et sonorité) est généralement inférieure à celle d'une vraie sourdine sèche.
La sourdine Robinson est une variante avec du coton dans le bol pour adoucir encore plus le son. Elle n'est plus fabriquée mais on peut en faire une soi-même.
La sourdine bol peut aussi servir de sourdine d'appartement pour travailler sans déranger ses voisins (voir ci-dessous)

La "plunger", utilisé dans le jazz dixieland, était à l'origine une ventouse en caoutchouc de plombier destinée à déboucher les éviers. Comme la sourdine wa-wa, on la déplace en jouant pour alterner les sons ouverts (notés "o" sur la partition) et bouchés (notés "+" sur la partition). On l'utilise aussi quelquefois associée à la sourdine sèche pour des effets "jungle" à la Bubber Miley (cornettiste de l'orchestre de Duke Ellington dans les années 20).
Inutile de casser votre tirelire chez le marchand de musique : allez plutôt chez le quincaillier du coin acheter un vrai débouche-évier en caoutchouc !
Dans les grands orchestres de danse des années 30 et 40, on utilisait aussi la "Derby mute", sorte de chapeau melon en aluminium quelques fois garni de matériau absorbant que toute la section de trompettes faisait aller et venir devant le pavillon dans un geste ample et synchronisé, très spectaculaire.


La "bucket mute" (en haut) et la "velvet mute" (en bas) s'utilisent en big band pour atténuer la brillance du son de la trompette (résultant de l'utilisation d'embouchures très relevées à queue étroite) pour certains passages musicaux, ou comme succédané de bugle pour les trompettistes qui n'en ont pas.
Ces deux sourdines sont formées d'un récipient cylindrique contenant du coton ou une autre fibre absorbante, qui se place devant le pavillon et amortit les harmoniques aiguës. La "bucket" modifie plus le son que la "velvet" car elle se fixe dans le pavillon comme une sourdine sèche, réduisant sa section efficace, tandis que la "velvet", accrochée par trois clips au bord du pavillon, n'a pas d'effet sur les graves de la trompette.


La sourdine Solotone ou Cleartone est une sorte d'hybride entre la sourdine sèche et la sourdine harmon. Cette sourdine était souvent utilisée dans les orchestres swing des années 1930-1940 et on trouve encore des arrangements qui la demandent. Le son est voisin de celui d'une wa-wa ouverte (sans mettre la main devant).


La sourdine muette ou sourdine d'appartement (appelée en anglais "silent mute", "whisper mute" ou "practice mute") est très utile pour travailler son instrument à toute heure chez soi ou dans une chambre d'hôtel. La trompette est ainsi l'instrument qui produit le moins de gène pour le voisinage, contrairement à une opinion répandue. C'est un cône rempli de matériau absorbant ou de chicanes pour amortir le son, avec des orifices de décompression pour laisser sortir l'air, mais qui obture hermétiquement le pavillon. Une bonne sourdine d'appartement doit perturber le moins possible l'émission du son et maintenir la sensation d'ouverture de l'instrument, tout en réduisant au maximum le niveau sonore.
On trouve aussi des sourdines d'appartement munies d'un micro, d'un ampli et d'écouteurs qui doivent théoriquement permettre au musicien d'entendre un son normal (par exemple la "silent brass" de Yamaha). J'ai essayé, c'est cher (160 €) et peu agréable à utiliser : je préfère ma vieille sourdine muette EMO en plastique qui m'a souvent accompagné en voyage (environ 35 €).
Pour ceux qui veulent absolument entendre dans des écouteurs un son pas trop changé, il y a une alternative à la "silent brass", c'est la "peacemaker", beaucoup moins chère (environ 41 € frais d'envoi compris) et qui ne nécessite pas d'amplification. On peut aussi l'utiliser sans le stéthoscope.
Vous trouverez une étude détaillée de quelques modèles réalisée par Bill Disham et publiée par Jim Donaldson, ainsi qu'un article de Simon Richards*. Mais la solution la plus économique est d'utiliser votre sourdine bol en remplissant le bol avec du coton ou autre matériau absorbant. Prendre une sourdine à bol ajustable et régler la distance du bol au pavillon pour un bon compromis entre niveau sonore et sensation d'ouverture.

Enfin, il faut mentionner pour mémoire le système de sourdine incorporée à l'instrument du cornet "à écho" dans lequel un quatrième piston dévie la colonne d'air vers un second pavillon de forme quasi fermée. Ce dispositif ingénieux permet de passer instantanément du son ouvert au son bouché. On a même construit des trompettes à écho sur le même principe. A droite, un rare Besson Sovereign 928 à écho datant de 1990 environ.
A ma connaissance, ce système en vogue au XIXème siècle n'est plus proposé par aucun fabricant sérieux, mais on en trouve dans les fabrications indiennes de très bas de gamme.

Principe de fonctionnement.

Les sourdines (à l'exception des "plunger" et "velvet") modifient la forme de la colonne d'air au niveau du pavillon, là où se forme le son de l'instrument. En réduisant l'ouverture à l'air libre, la sourdine réduit la transmission d'énergie à l'air ambiant et renvoie donc une plus grande proportion de cette énergie vers l'embouchure. La courbe d'impédance est donc profondément modifiée, en nette augmentation surtout dans les aigus (rappelons que l'impédance d'entrée de l'instrument est directement liée à la proportion d'énergie acoustique réfléchie et non transmise par le pavillon). Inversement, les résonances dans le registre grave sont généralement atténuées et déplacées en fréquence (vers le haut). Une sourdine donne donc souvent plus de facilité dans les aigus, et c'est pourquoi certains musiciens de jazz l'utilisent presque systématiquement.

On a vu à la page sur le son que le pavillon favorise les harmoniques élevées qui donnent le son typique des cuivres. Quand on met une sourdine dans le pavillon, on réduit l'efficacité du rayonnement pour la plupart des fréquences. Cependant, il y a habituellement une bande des fréquences que la sourdine transmet bien, provoquant ce qu'on appelle un "formant" dans le son émis, c'est à dire une large bande de fréquences renforcées. Ainsi, la sourdine sèche produit des formants à diverses fréquences dans la gamme de 1 à 3 kHz. La voix humaine a également des formants dans cette gamme de fréquences, et on les détecte facilement parce que c'est ainsi que nous identifions la parole. La sourdine rend le son plus doux, mais elle change aussi, au sens propre, la voix de l'instrument. En effet, quand on passe d'une voyelle à l'autre dans la parole, par exemple de ooo à aaa, on change de formant. Quand on bouge la main devant l'extrémité d'une sourdine ouverte, on change la fréquence du formant de l'instrument ; ainsi déplacer la main devant la sourdine peut donner un son qui ressemble à ooo-aaa, ooo-aaa, ce qui est probablement l'origine du nom "wa-wa".

Tout objet qui masque une fraction substantielle du pavillon agira en tant que sourdine. La véritable difficulté en concevant une sourdine est d'arranger les réflexions au pavillon de sorte que l'accord soit peu affecté. La conception des sourdines est totalement empirique, mais une étude de leur effet sur le son de la trompette a été publiée en anglais par Matthias Bertsch en 1995 (document au format PDF de 545Ko).